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artisans de paix

Mercredi 17 janvier 2007

Rajagopal PV est celui que l’on surnomme le nouveau Gandhi. Pourquoi PV d’abord ? En effet, il ne donne jamais son nom complet pour ne pas préciser sa caste qui, en Inde, est synonyme de discrimination. Cet homme de bientôt soixante ans est le fils d’un combattant de la liberté (pour l’indépendance de l’Inde) qui a été éduqué selon les principes de la philosophie de Gandhi. Il a suivi des cours de danse et de musique classique et a obtenu un diplôme d’ingénieur agricole. Interpellé par des jeunes lors du centenaire de la naissance de Gandhi : "C’est bien, vous parlez du Mahatma Gandhi et de la non-violence, mais est-ce que vous avez jamais pratiqué la non-violence ? Vous faites seulement des discours." " Il s’est alors vraiment engagé dans un projet pour la justice en 1970 car comme il le dit lui-même : " Entre-temps, je m’étais rendu compte qu’il ne fallait pas seulement traiter la violence physique. J’avais compris que la violence est bien plus profonde, elle est aussi structurelle, aussi longtemps qu’il y a la pauvreté, l’injustice, la corruption, le dénuement ". Il a fondé plusieurs institutions et en 1991 Ekta Parishad, une association pour la justice sociale des intouchables, des sans terre en Inde. Un modèle contemporain de lutte non-violente dans la suite de Gandhi.

Par Max
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Lundi 22 janvier 2007

Aujourd’hui Henri Grouès a rejoint la maison du Père. Celui qu’on connaît depuis plus de cinquante ans sous le nom d’abbé Pierre a terminé son chemin sur la terre. Il laisse un grand vide car on s’était habitué à l’entendre dénoncer la misère, être le porte-parole de ceux qui n’ont rien ; même si l’âge étant, il ne pouvait plus être autant actif.

 L’hommage que tant de personnes vont lui rendre dans les heures à venir montrera à quel point il a été une figure emblématique du refus de la misère. Dans une France laïque, voire laïcarde, il a réussi à être le personnage préféré des français devant des femmes et des hommes prestigieux. Il a été à mon sens un réel artisan de paix au sens de l’Evangile, en voulant vêtir ceux qui sont nus, donner un toit à ceux qui n’en ont pas.

Je veux lui dire merci pour son action et je souhaite que beaucoup d’abbés Pierre continuent à avancer sur ce chemin où l’Eglise est présente aux femmes et aux hommes de ce temps, là où ils vivent.

Par Max
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Vendredi 16 mars 2007

J’ai découvert il y a quelques mois cet homme qu’on peut classer à mon avis autant dans les artistes que dans les prophètes. Celui qui a vu sa passion des mots révélée par accident, n’est pas seulement un jongleur vocal mais aussi un témoin du temps présent. Quand les rêves se brisent, on peut soit sombrer, soit rebondir. Grand corps malade s’est relevé. Il est en train de devenir un espoir pour les handicapés et aussi un héraut des banlieues qu’il regarde avec tendresse. Je le classe volontiers dans les artisans de paix car son message fleure bon l’espérance. Pas une trace de ressentiment dans ces textes, mais une sincérité et une ténacité qui forcent le respect. Je vous recommande sa poésie qui est une manière de chanter la vie. C’est pour moi  comme une prière, une prière laïque mais tellement proche de la vie des gens qu’elle ressemble à un psaume d’aujourd’hui.

Par Max
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Lundi 26 mars 2007

Hier 25 mars, l’Europe a fêté ses 50 ans. C’est le 25 mars 1957 que les six premiers pays signaient le traité de Rome. Ils sont 27 aujourd’hui. Cette union européenne est tantôt portée aux nues, tantôt vilipendée comme étant la cause de tous nos maux. Je me garderai bien de faire une analyse économique et sociale de l’Europe d’aujourd’hui. Pour moi, l’important c’est que l’Europe est facteur de paix. Le rapprochement des femmes et des hommes du vieux continent dans cette entité multiforme a au moins le mérite de donner une vision commune d’un avenir paisible. C’est pourquoi, même s’il reste encore beaucoup à faire pour que l’Europe soit acceptée par tous ces citoyens… Et par les autres, je suis un fervent européen. Je crois que tout ce qui rapproche les hommes, nous emporte sur la flèche de l’humanité. Je crois que tout ce qui abat les barrières et les murs nous fait progresser. Vive l’Europe, elle nous a fait sortir des bas-fonds de l’histoire et avec elle nous serons demain tous frères.

Par Max
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Mardi 5 juin 2007

Voici la lettre d’un ami musulman du père Ragheed Aziz Ganni, prêtre irakien tué hier dimanche à Mossoul en Irak. C'est un témoignage qu'il est bon de partager.

Au nom de Dieu le clément, le miséricordieux

Rome, le 4 juin 2007

Mon frère Ragheed,

Je te demande pardon, mon frère, de n’avoir pas été à tes côtés lorsque les criminels ont ouvert le feu sur toi et tes frères, mais les balles qui ont transpercé ton corps pur et innocent m’ont aussi transpercé le cœur et l’âme.

Tu étais l’une des premières personnes que j’ai connues à mon arrivée à Rome, dans les couloirs de l’Evangelicum où nous avons fait connaissance et nous avons pris notre Cappuccino ensemble dans la cafétéria de l’université. Tu m’avais épaté par ton innocence, ta gaieté, ton sourire tendre et pur qui ne te quittait guère. D’ailleurs, je ne peux t’imaginer que souriant, heureux, plein de joie de vivre. Ragheed pour moi est l’innocence incarnée, une innocence sage qui porte dans le cœur les soucis de son peuple malheureux. Je me souviens du temps où nous étions dans la cantine de l’université au temps où l’Irak était sous embargo; tu m’avais dit que le prix d’un seul Cappuccino pouvait combler les besoins d’une famille irakienne pour une journée entière, comme si tu te sentais en quelque sorte coupable d’être loin de ton peuple assiégé et de ne pas partager ses souffrances… Te voilà de retour en Irak, non seulement pour partager avec les gens leur lot de souffrance, mais aussi pour mêler ton sang à celui des milliers d’Irakiens qui meurent au quotidien. Je ne pourrais oublier le jour de ton ordination à l’Urbaniana…Les larmes aux yeux, tu m’avais dit: "aujourd’hui, je suis mort pour moi"…une phrase bien dure…

Sur le coup, je ne l’avais pas bien saisie, ou peut-être ne l’avais-je pas prise au sérieux comme il le fallait…Pourtant, aujourd’hui, par ton martyre, je l’ai comprise, cette phrase…tu es mort dans ton âme et dans ton corps pour ressusciter dans ton bien-aimé et ton maître, et pour que le Christ ressuscite en toi, malgré les souffrances et les tristesses, malgré le chaos et la démence.

Au nom de quel Dieu de la mort t’ont-ils tué ? Au nom de quel paganisme t’ont-ils crucifié ?...Savaient-ils vraiment ce qu’ils faisaient ?!

Nous ne te demandons pas, O Dieu, vengeance ou revanche, mais victoire…victoire du juste sur le faux, de la vie sur la mort, de l’innocence sur la perfidie, du sang sur l’épée…Ton sang ne sera pas vain, cher Ragheed, car il a sanctifié la terre de ton pays…et ton sourire tendre continuera à illuminer du ciel les ténèbres de nos nuits et à nous annoncer des lendemains meilleurs…

Pardon, mon frère, mais lorsque les vivants se rencontrent ils croient avoir tout le temps pour converser, se rendre visite et dire leurs sentiments et leurs pensées…Tu m’as invité en Irak…j’en rêve toujours…pour visiter ta maison, tes parents, ton bureau…Je n’avais jamais imaginé que ce serait ta tombe que je visiterai un jour ou des versets de mon Coran que je réciterai pour le repos de ton âme…

Un jour, je t’ai accompagné pour acheter des souvenirs et des cadeaux à ta famille à la veille de ta première visite en Irak après une longue absence. Tu m’avais parlé de ton travail à venir. "Je voudrais régner sur les gens sur base de la charité avant la justice", m’avais-tu dit. Il m’était alors difficile de t’imaginer en "juge" canonique…Mais voilà qu’aujourd’hui ton sang et ton martyre ont dit leur mot, verdict de fidélité et de patience, d’espoir contre toute souffrance, et de survie malgré la mort, malgré le néant.

Frère, ton sang n’a pas été versé en vain… et l’autel de ton église n’était pas une mascarade… Tu avais pris ton rôle au sérieux, jusqu’au bout, avec un sourire que rien n’éteint…jamais.

Ton frère qui t’aime,

Adnan Makrani

Professeur d’islamologie à l’Institut d’études des religions et des civilisations, Université grégorienne pontificale, Rome.

Par Max
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