S’il est une chose que je veux retenir de Benoît, c’est sa foi. C’est à dessein que j’emploie le mot foi, moi le chrétien catholique,
alors que Benoît me dirait : « la foi, je ne sais pas ce que c’est »; comme il m’avait dit un jour, alors que je lui avais demandé de venir participer à une rencontre de la Mission
de France sur l’Espérance : « l’Espérance, je ne sais pas ce que c’est ».
La foi de Benoît, c’était son inébranlable confiance en la vie, en la fraternité, en la solidarité. Ce que nous chrétiens appelons la
charité parce que nous le faisons en référence à Dieu, Benoît l'appelle plutôt solidarité, engagement humanitaire, comme ceux qui ne font pas cette référence à Dieu, qu’on l’appelle Allah ou
Yahvé, mais font référence à l’Homme avec un grand H. Cependant, nous nous retrouvons aisément pour partager ce qui est une valeur pour les uns et une vertu pour les autres. Il n’y a jamais eu
entre nous aucun malentendu à ce sujet, Benoît était trop respectueux de chaque femme et de chaque homme. Le combat pour la justice et les Droits de l’Homme ne pouvait que nous rapprocher et nous
permettre de marcher ensemble dans une même direction.
Ce souvenir de la foi de Benoît, c’est quelque chose qui restera à jamais gravé en moi, comme celle de la rencontre d’un homme
extra-ordinaire. Extra-ordinaire au sens étymologique du mot, quelqu'un qui ne peut pas rester les bras croisés à côté des situations d'injustice, quelqu’un qui ne peut pas vivre sans se
préoccuper de ceux qui sont des laissés pour compte par la société. C’est à l’occasion de la campagne contre la double peine que nos routes se sont croisées. Depuis bien des blessures faites à
l’Homme nous ont amené à être au coude à coude jusqu’aux actuels cercles de silence pour dénoncer les conditions inhumaines faites aux familles dans les centres de rétention administrative. Peut
être que sa propre souffrance physique lui faisait mieux appréhender les diverses formes de souffrance morale. Ce qui est sûr c’est que la force de ses convictions déteignait sur nous tous qui
l’avons côtoyé. Ce que Benoît disait était toujours fondé, réfléchi. Il était en recherche perpétuelle et son désir de comprendre la foi en Dieu qui anime les chrétiens était aussi intense. Je me
rappelle qu’il nous avait dit un jour : « J’aimerai croire comme vous, mais je ne peux pas le concevoir, cela m’est étranger. »
Benoît, le plus bel hommage que l’on puisse te rendre, c’est de continuer à combattre l’injustice, pour les sans droits, les sans
papiers, les sans amour. Et puis, ton engagement pour l’écologie, pour que nous laissions à nos enfants une terre qu’ils puissent habiter, c’est aussi un devoir qu’il nous reste à
accomplir.
Merci Benoît pour ce que tu m’as apporté. Tu es une de ces lumières qui éclairent ma route.