Bonjour à toutes et tous,
Béatrice et moi même voulons vous faire part simplement de ce que nous avons vu à Calais il y a deux semaines. Nous y sommes allés grâce à des bénévoles du secours catholique. Nous y avons
passé quelques heures et vu les conditions de vie des migrants.
La ''jungle'', où sont essentiellement des hommes jeunes, afghans essentiellement, vivant dans un bois collé à la ville pas loin de la zone portuaire où ils passent leurs nuits à guetter
les possibilités de passage. Par rapport à une petite route, ils sont de l'autre côté du campement initial détruit il y a quelques mois par la police, sans qu'ils aient pu récupérer
leurs affaires d'après ce qu'on nous a dit. Abris de fortune, faits de bâches, sacs plastique, planches, tôles ; on imagine quand il pleut ! Un point d'eau unique à l'entrée pour plusieurs
centaines de personnes, conditions d'hygiène épouvantables, lésions de gâle surinfectée, sans compter l'état des pieds, nous ont dit les bénévoles qui gèrent le vestiaire et
leurs procurent des chaussures. On sait qu'il y a des cas de tuberculose, etc.
Le squat des africains : une maison délabrée au centre, près du quai de la Moselle où ont lieu les distributions alimentaires, un point d'eau unique au bord de l'eau, à quelques
dizaines de mètres de la ''maison'' où s'entassent quelques dizaines de personnes, africains, surtout venus d'Ethiopie, hommes jeunes, quelques jeunes femmes. Ils dorment dans
des sacs de couchage le jour, épuisés par les nuits sans sommeil sur le port ; hygiène là encore épouvantable, un énorme tas d'ordures dans la cour, parce que les ordures ne
sont pas ramassées. Le camp de saoudiens, à quelques centaines de mètres, une maison abandonnée près de la voie ferrée, mêmes conditions.
Impressions générales : dignité des comportements ; pas de mendicité ; pas de délinquance, nous disent les bénévoles ; habillement correct grâce à l'énorme solidarité qui permet
un vestiaire fourni (mais malheureusement pour les bénévoles beaucoup de tri car on ne leur apporte pas que des vêtements propres et en bon état !) Alimentation déséquilibrée mais pas de
''famine'' : là encore, distribution de repas une fois par jour par les assoc. plus les personnes qui débarquent de temps en temps leur coffre chargé de vivres. Le gros problème est
celui de la santé et de l'hygiène : maladies, structures de soins plus que réduites et d'accès difficile. Quelques uns marchent difficilement avec des cannes anglaises : conséquence
des fractures, entorses après chutes en tombant des camions ou en fuyant lors des incursions de police. Certaines ont eu lieu lors de distributions alimentaires. On comprend que la présence
de centaines de personnes en situation irrégulière, qui n'ont qu'un but, passer en Angleterre par tous les moyens, ne veulent généralement même pas demander l'asile en France (nous avons
parlé avec quelques uns) pose de gros problèmes aux autorités. Cela n'excuse pas ni ne justifie cette politique délibérée qui consiste à les laisser vivre dans ces conditions, dans
l'espoir illusoire qu'ils se lasseront et partiront et que cela en dissuadera d'autres de venir. Calais reste le lieu de la plus grosse concentration, mais des camps comme cela
existent sur toute la côte.
Le retour est ainsi illusoire, notamment pour les afghans, menacés de mort s'ils rentrent, tout simplement parce qu'ils ont commis le crime d'aller en Occident ; idem pour les africains,
souvent issus de milieux "évolués" qui ont fui la misère mais aussi les persécutions. La demande des associations : des douches correctes en quantité suffisante et des facilités pour
apporter les soins nécessaires ; la réponse des autorités : toutes sortes de conditions destinées à rendre cela impossible.
Résultat : en France, il vaut mieux pour être traité dignement être un animal domestique qu'un étranger à Calais !
Encore une fois, l'indignation face à ce que nous avons vu et que bien d'autres ont dénoncé ne doit pas occulter qu'il y a un problème ''politique'' de fond dont on ne voit pas la solution.
Peut-on pour autant accepter cela, rester silencieux ?
Béatrice et Philippe MULLER